Les palmes de l’innovation

L’édition 2026 du Prix Innover à la campagne est lancée jusqu’au 30 septembre 2026 minuit et mettra de nouveau en lumière une campagne qui bouillonne d’idées et de talents.
Le tiers-lieu La Maison forte, installé dans un village du Lot-et-Garonne, a été primé pour son dispositif participatif Mattang, un outil d’écoute et de cartographie relationnelle et territoriale. Crédit : La Maison Forte

Couverture médiatique, crédibilité auprès des financeurs, visibilité nationale… La soixantaine d’entrepreneurs ruraux récompensés par le Prix Innover à la campagne depuis 2018 ont bénéficié d’un vrai coup de pouce. L’édition 2026 est lancée jusqu’au 30 septembre 2026 minuit et mettra de nouveau en lumière une campagne qui bouillonne d’idées et de talents.

Quand elle a découvert, en 2025, l’existence du « Prix Innover à la Campagne. J’entreprends là où j’ai envie de vivre », l’équipe du tiers-lieu La Maison forte n’a pas hésité à candidater. Elle y a vu l’occasion de valoriser son dispositif participatif Mattang, un outil d’écoute et de cartographie relationnelle et territoriale.

Bien lui en a pris puisqu’en décembre dernier, ce tiers-lieu rural, installé au Château de Monbalen, un village du Lot-et-Garonne, a été primé, comme cinq autres projets estampillés ruralité. « Ce Prix national est un vrai atout qui participe à notre crédibilité locale. Il nous a permis de renforcer nos réseaux avec, par exemple, la Fondation RTE pour les Ruralités et l’Office français de la biodiversité », se félicite Bruno Caillet, coopérateur et cofondateur de la Maison forte.

250 candidats en 2025

Créé en 2018 à l’initiative d’Éric de Kermel, directeur de Bayard Nature et Territoires, soutenu par la Fédération des Parcs naturels régionaux, l’Association des maires ruraux de France (AMRF), le réseau Initiative France, l’Office français de la biodiversité (OFB), la Fondation RTE pour les ruralités ainsi que l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), le concours a déjà récompensé une soixantaine de projets qui ont bénéficié d’une forte visibilité nationale. « La particularité du Prix Innover à la campagne, c’est son approche. C’est par le développement économique et l’innovation qu’il met en lumière de belles aventures humaines qui se déroulent à la campagne, explique Olivier Ruault, coordinateur du Prix, organisé par le tiers-lieux Le 21, implanté à Uzès dans le Gard, dont il est le fondateur. Travailler en lien avec la nature et la ruralité répond à de fortes aspirations, notamment de la part des jeunes, surtout depuis le Covid. Le Prix leur ouvre d’autres inspirations, horizons et réseaux pour les développer. Et c’est sans compter toutes les candidatures que nous recevons chaque année – 250 en 2025 ! –, que je contacte une à une par téléphone. »

Le Prix, c’est aussi un accès plus facile à des financements parfois inconnus des porteurs de projets ruraux, voire même de leur banquier. « S’installer en ville est, de ce point de vue, certainement un avantage. Mais à la campagne, cela ne devrait pas être un frein à l’investissement. » Isabelle Mortelmans, consultante, accompagnatrice de projets de ce type, et qui vient de rejoindre le conseil d’administration du tiers-lieu Le 21, va même plus loin. « La ruralité présente de vrais atouts. Tout le monde se connaît. Il est très facile d’aller voir le maire. Humainement, les choses peuvent aller très vite. Néanmoins, comme les aides publiques baissent drastiquement en ce moment, le Prix peut soutenir la recherche de nouveaux modes de financements. »

L’équipe de BioAZ a été récompensée pour ses travaux consacrés àla conception d’une alternative à la castration des porcs d’élevage.
L’équipe de BioAZ a été récompensée pour ses travaux consacrés à
la conception d’une alternative à la castration des porcs d’élevage. Crédit: BioAZ

Diversifier les ressources

Pour La Maison forte, le Prix Innover à la campagne a donc bel et bien donné un coup de fouet à l’innovant projet Mattang. « Lorsque nous sommes arrivés sur ce territoire que nous ne connaissions pas, nous avons commencé par collecter des données locales. Mais elles étaient vraiment déprimantes : 50 % de l’économie reposant sur des fonds publics, départ des jeunes formés ailleurs, taux de chômage supérieur à la moyenne nationale… Nous avons donc décidé d’aller à la rencontre des habitants. Au fil des entretiens, ils ont dévoilé des richesses insoupçonnées, humaines, sociales et économiques, qui ne figurent dans aucune statistique. Les voir, les comprendre et les mobiliser, c’est renforcer une dynamique qui ne demande qu’à s’exprimer », retrace Bruno Caillet. 600 heures d’écoutes, transcrites en plusieurs milliers de pages, ont été collectées. Analysée, interprétée et cartographiée, cette matière incomparable a produit une base de connaissances permanente du territoire. À la Maison forte, elle est aussi le support d’un podcast et d’une radio. Avec une formation, élus et agents peuvent la mettre en oeuvre sur leur territoire et s’en servir pour anticiper une problématique sociale, un signal faible. Ils sont ensuite en mesure de mobiliser les habitants afin d’identifier des ressources et solutions possibles pour y répondre.

La Maison forte, c’est au départ une idée, une utopie portée par un groupe de cinq professionnels du développement territorial, culturel, touristique et numérique, tous issus d’un coin de France différent. Ils souhaitaient construire, à partir de ce territoire, un récit positif de la civilisation à venir autour des enjeux de l’écologie, de l’architecture, des arts, de l’agriculture et des sciences. Une quête qui les a menés à s’établir en 2019 dans ce château du XIIIe siècle, entouré de ses six hectares de terres. L’association, qui gère le site ainsi qu’un réseau de 1541 adhérents aussi bien locaux, nationaux, qu’internationaux, salarie aujourd’hui 13 équivalents temps plein.

Toute l’année, elle anime, avec l’aide de bénévoles, des résidences de recherche, un laboratoire d’innovation sociale, une école de la transition écologique (réseau Être), des ateliers, des séminaires, expositions, ciné-débats, guinguette, formations, séjours vacances… Comme ses subventions perçues sont surtout fléchées sur ses projets culturels, le Prix Innover à la campagne facilite la recherche de nouvelles ressources.

Visibilité renforcée

Déjà lauréate de plusieurs prix (French Tech Emergence, iLab, France 2030, Start-up de l’Éco Néo Aquitains, Pignnovation…), l’équipe des quatre collaborateurs de BioAZ a également vu, dans le Prix Innover à son projet. Cette startup, fondée en 2022 près de Libourne en Gironde par le vétérinaire chercheur Romain Delcombel, développe des immunothérapies dédiées à la santé et au bien-être des animaux d’élevage et domestiques. Sa candidature a porté sur ses premiers travaux consacrés à la conception d’une alternative à la castration des porcs d’élevage. Pour prévenir « l’odeur de verrat », qui rend la viande impropre à la consommation, chaque année, un demi-milliard de porcelets mâles sont castrés à la naissance dans la plupart des pays du monde. Une opération effectuée généralement sans anesthésie, sauf dans quelques États européens : France, Allemagne, Danemark et Pays-Bas. L’alternative repose donc sur une castration biologique effectuée en une seule injection indolore. Un vrai progrès pour le bien-être des animaux, « mais aussi des éleveurs, pour des raisons à la fois éthiques et économiques», souligne Romain Delcombel. « Nous disposons presque du produit fini, mais avant qu’il soit commercialisé par un groupe pharmaceutique, il reste encore à le faire valider au regard de différentes réglementations nationales et européennes. »

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Le Prix Innover à la campagne est donc une nouvelle opportunité pour communiquer, crédibiliser le projet et consolider son financement. « Jusqu’à présent, nous avons bénéficié de soutiens régionaux et d’État via le plan d’investissement France 2030 notamment. Mais nous avons besoin de cette visibilité pour trouver de nouveaux actionnaires possibles, voire des investisseurs. » Et ce ne sont pas les lauréats des années précédentes qui vont le contredire. « Nous savons par exemple que Fertilaine, spécialiste des engrais et du paillage en laine et lauréat 2024, a accru considérablement sa visibilité. Invitée sur les plateaux télé et radio, l’entreprise familiale aveyronnaise a décuplé son chiffre d’affaires », se souvient Olivier Ruault, qui invite les entreprises et associations rurales, en phase avec les critères du concours (NDLR : voir encadré), à s’y inscrire. « Avec quelques documents préalablement rassemblés, une trentaine de minutes suffisent pour remplir le dossier de candidature. L’innovation ne porte pas seulement sur des produits. Elle peut concerner le management, la vente, des services, une implantation territoriale… Cette année, le Prix fera l’objet d’une belle valorisation médiatique par l’intermédiaire notamment du magazine Village, de l’émission des Carnets de campagne sur France Inter et du Réseau ICI, ex-France Bleu. »

Un Prix spécial média sera d’ailleurs décerné par Village.

Comment candidater ?

Peuvent remplir un dossier en ligne, jusqu’au 30 septembre 2026 à minuit, les entreprises (dont les coopératives) et les associations qui affichent plus d’un an d’existence à la campagne. L’activité ne doit pas être polluante, ni dangereuse pour la santé, ni avoir de liens avec le commerce des armes. Et surtout, elle doit présenter un de ces caractères innovants, définis par l’Insee : innovations de produits (biens ou services) et/ou de procédés (incluant les innovations d’organisation et de marketing). Les lauréats bénéficient d’une couverture médiatique, de la mise en relation avec les partenaires du Prix, de la participation à une rencontre regroupant toutes les entreprises nominées avec les membres du jury, ainsi que d’un abonnement d’un an au magazine Village. Une dotation peut aussi être attribuée selon les catégories. La présentation des projets et la remise des prix auront lieu, en présence des partenaires, membres du jury et du public, le jeudi 3 décembre 2026 à Paris.

Site : https://innoveralacampagne.fr/